Boutcha : simulacre ou réalité ?

Le massacre de Boutcha a suscité l’émotion générale. Pour les médias dominants, les coupables sont tout trouvés. Pourtant du côté des médias alternatifs, les théories se déchaînent. Confrontation de deux univers.

De la parole publique, il y a réellement de quoi douter !

Face au massacre de Boutcha, on se bouscule au portillon pour dénoncer à peu de frais l’horreur de la guerre et la barbarie de nos nouveaux épouvantails, les Russes. Plus exactement, les Russes de Poutine. Le sujet est intense, l’émotion brouille la raison.

Remettre en cause la thèse qui nous est présentée partout comme évidente, celle de cruels soldats russes responsables d’un massacre, apparaît comme une transgression. Les médias traditionnels mentionnent bien le fait que la Russie nie toute responsabilité et dénonce des vidéos truquées, mais ce terme semble faible, on écarte bien vite ainsi l’idée que les contestations russes pourraient avoir une once de validité.

Pourtant, plusieurs éléments permettent de s’interroger. Les questions que nous posons ne nous permettent pas de savoir ce qui s’est passé à Boutcha, seule une enquête approfondie pourrait le dire. Mais elles ouvrent la porte au doute, à un autre point de vue, à d’autres récits possibles.

Boutcha : de quoi parle-t-on ?

Vous savez Boutcha c’est la ville où après le départ des russes, on a retrouvé un charnier humain dont les russes seraient responsables. Un « crime contre l’humanité » dont aujourd’hui tous les médias et quasiment tous les responsable politiques occidentaux accusent la Russie. Mais en est-on réellement certain ? Comment démêler la part du vrai et du faux entre les discours pro et anti russe ?

Partout la propagande, partout la désinformation, difficile de se faire un avis juste sur le sujet. Mais tout au moins examinons le point de vue des deux camps.

Pour les médias français dans leur immense majorité c’est de la responsabilité des russes. Jetons un œil sur les gros titres :

Les Echos titrent Ukraine : les atrocités de Boutcha poussent les Occidentaux à à sanctionner davantage la Russie (rubrique Monde-Europe)

Extrait : C’est peut-être un tournant dans la guerre russo-ukrainienne. Les massacres découverts ce week-end à Boutcha, dans la banlieue de Kiev, ont provoqué la stupéfaction et l’indignation des pays occidentaux qui planchent sur de nouvelles sanctions et appellent à ce que la justice internationale soit saisie.

La tribune : Atrocités de Boutcha : la Russie devra « répondre de ces crimes » dit Macron profondément choqué

Libération : Exactions : Guerre en Ukraine: Boutcha, ville meurtrie et jonchée de cadavres après le retrait russe

Et on pourrait énumérer encore et encore les positions unanimes des médias dominants, servant toutes un discours quasi identique.

Boutcha : une autre version des faits

Mais dans l’autre camp, comme ils disent des soi-disant « pro russe » – comme il y avait rappelons-nous des provax et antivax – une autre version apparaît.

Sur le site de l’ambassade russe en France, on trouve la version des faits russe, celle qui est immédiatement écartée. Certes, certaines affirmations semblent immédiatement douteuses, comme cette phrase: « Pendant le temps que cette commune était contrôlée par les Forces armées russes, aucun civil n’a été affecté par la violence ». Les témoignages individuels, comme celui recueilli par Human Rights Watch, semblent bien indiquer le contraire. Mais il y a une différence entre ces histoires individuelles et un massacre.

Les russes dénoncent le fait que les militaires ukrainiens bombardaient eux-mêmes certains quartiers résidentiels au sud de la ville. Ils avancent aussi une autre chronologie : l’armée russe aurait quitté la ville le 30 mars. Et effectivement, le 31 mars, sur le site Facebook de la mairie de Boutcha, on peut voir le maire de Boutcha Anatoli Fedorouk se réjouir du départ des russes, et le 1er avril un message écrit va dans le même sens.

A cette date , il y est évoqué un problème humanitaire dû au manque d’eau et d’électricité… serait-ce votre premier choix de mots si des cadavres jonchaient les rues ? Aucune mention de massacre, alors que les russes sont partis.

Or, les premiers témoignages de crimes de guerre n’apparaîtraient qu’à partir de l’arrivée de la presse et des services secrets ukrainiens dans la ville, le 4 avril.

Il est en revanche admis que les nazis d’Azov sont présents dans la ville sur cette période. Qui sont ces bataillons Azov dont on entend beaucoup parler en ce moment ? Petit rappel historique extrait du Monde:

Quand la guerre éclate dans le Donbass en avril 2014, l’armée ukrainienne est désorganisée et le gouvernement craint de perdre le contrôle de ce territoire au profit de la Russie, comme ce fut le cas le mois précédent en Crimée. Pour contrer les séparatistes pro-russes, le gouvernement autorise des bataillons de volontaires indépendants de l’armée à combattre. Plusieurs formations armées d’extrême droite apparaissent.
Parmi elles, on trouve le « Corps noir », qui prendra rapidement le nom de « bataillon Azov » en référence à la mer qui borde la Crimée et le sud-est de l’Ukraine. Il s’agit d’une unité d’une centaine de volontaires aux idées nationalistes et néonazies, dont certains sont « issus du hooliganisme et du paramilitaire », explique Adrien Nonjon, chercheur à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), spécialiste de l’extrême droite et du nationalisme ukrainien.

Bon, franchement pas des enfants de chœur ces gens-là ! Seraient-ils, comme l’avancent certains, responsables des tueries de Boutcha ? Certaines vidéos les incriminent directement dans des tueries de civils. Ces vidéos sont reprises sur Donbass Insider, qui collecte une quantité impressionnante d’éléments démentant la thèse dominante et a consacré deux articles au sujet. Ce site, fondé et animé par la journaliste Christelle Néant, est clairement pro-russe. Inutile de le nier. Cependant, les informations y sont sourcées avec une rigueur et une logique qui permettent d’ouvrir le débat.

Certes, les fact-checkers sont sur le coup pour démonter ce qu’ils appellent la propagande russe. Et une fois une ou deux vidéos trouvées sur des sites complotistes démontées, on doit supposer que l’ordre est restauré et que la version russe est réfutée. Ces vérifications ne reprennent pourtant qu’une partie des éléments concernés, et posent d’autres affirmations qu’il s’agit de croire sur parole, crédit qui n’est jamais accordé à la partie adverse. Un article de fact-checking remplace-t-il ainsi une enquête internationale ?

A qui profite le crime ?

On peut aussi se demander : à qui profite le crime ? Yves Pozzo di Borgo, ancien vice-président de la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, tweetait le message suivant :

« Vendredi nous pensions, à la suite des déclarations des négociateurs ukrainiens, que nous allions vers la paix avec la Russie et curieusement sort cette affaire de charnier de Boutcha comme le faux charnier de Timisoara ou le faux charnier de Racak au Kosovo qui a lancé la guerre. »

Des pourparlers étaient en effet en cours en Turquie entre la Russie et l’Ukraine. Les évènements de Boutcha sont venus mettre un frein à ces négociations et provoquer la demande d’un nouveau train de sanctions contre la Russie.

Enquête ?

Dès le 4 avril, la Russie a demandé une session d’urgence au Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la situation à Boutcha pour défendre sa version des faits et évoquer la provocation émanant des militaires et des radicaux ukrainiens dans la ville de Boutcha. Cette réunion a été refusée et repoussée par la présidente Britannique, comme le confirme un correspondant AFP à l’ONU.

Alors dans un camp comme dans l’autre, ces allégations nécessitent au moins des preuves.

N’oublions pas en temps de guerre, qu’elle soit contre le Covid ou contre la guerre en Ukraine ou n’importe quel autre conflit, l’information est une arme de pointe, aussi convient-il d’être prudent. Tout au moins, comme certains le suggèrent, une enquête indépendante des parties au conflit s’impose. 

Antigone et Equinoxe

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