Affichage du CSI à Toulouse dénigré : mais où est le fond ?

Comment la presse traite le sujet d’un panneau d’affichage toulousain reprenant un message du CSI.

Illustration de Kristine : journal éclairé par une lampe de poche

Le 11 juillet dernier France Info et France 3 Occitanie s’offusquaient de la présence d’une affiche « placardée » au 61 boulevard de l’embouchure à Toulouse. Ils vont même jusqu’à titrer « Vaccination Covid : l’étrange affiche antivax placardée dans Toulouse ».

Dans cet article, rien absolument rien pour contre-argumenter sur le fond, simplement de multiples assertions pour jeter le discrédit sur les auteurs.

Mais que dit au juste cette affiche ?

Son entrée en matière résonne comme une litanie bien connue de tous : « On peut discuter de tout sauf des chiffres », puis s’en suit le message principal :

« Vaccination Covid, 1 effet secondaire grave sur 100 et si c’était votre enfant ? »

On pourrait reprocher aux auteurs de l’affiche de ne pas être très clairs, car comment décrypter cette information pour le moins anxiogène ?

Vaccination Covid : un effet secondaire grave sur 100 mais 100 quoi au juste ? Sur 100 enfants vaccinés ? Sur 100 effets secondaires déclarés ? Auquel cas, sur combien d’enfants ?

L’affiche, pour le moins, pêche par sa concision créant une ambiguïté sur la frange de la population à laquelle se réfère cette proportion de « un sur cent ».

Une réflexion attentive atteste qu’il ne s’agit pas des seuls enfants mais bien de tout le monde et que le message a un but d’information à destination des parents avant qu’ils ne prennent une décision qui aurait pour conséquence d’engager la vie de leurs enfants. Dans tous les cas, une telle affirmation interpelle immédiatement.

Ce n’est pourtant pas le fond de cette affirmation qui retient l’attention de l’article. Comme c’est souvent le cas, les journalistes se placent directement sur un tout autre terrain : jeter le discrédit sur les auteurs.

Grammaire et vocabulaire : pour créer l’ambiance

Salir la réputation d’une ou plusieurs personnes dans l’esprit d’un lecteur distrait est une opération finalement simple à réaliser. Multiplier l’usage du conditionnel, des guillemets, et des qualificatifs non étayés permet de colorer la lecture sans jamais rien avancer de concret ou d’ouvertement diffamatoire. C’est une technique pratique qui devrait éveiller l’attention.

Imaginons un peu que nous ayons ouvert cet article de la façon suivante : un soi-disant « journaliste » rédige un « article » qui prétend analyser en quelques phrases jetées à la hâte une assertion du Conseil Scientifique Indépendant, collectif d’universitaires et chercheurs français revendiquant leur indépendance vis à vis des lobbys pharmaceutiques.

C’est bien la technique utilisée ici, consciemment ou non. Ainsi, le journaliste mentionne-t-il un « Comité Scientifique Indépendant », « RéinfoCovid », et une plateforme de streaming « crowdbunker », alors que YouTube se passe de guillemets, tout établi qu’il est dans le grand monde. Le comité devient « a priori » scientifique, ça ne mange pas de pain. Des réunions se « seraient » tenues : que comprendre ? Ont-elles ou non eu lieu ? Quelles sont les sources ? Quel est l’impact de cette information ? Ces réunions seraient « plus ou moins » « ésotériques ». Affirmation floue et qui une fois de plus ne coûte pas cher : elle peut s’appliquer à votre dernière réunion de travail, essayez, ça fonctionne.

Les arguments de fond

France info et France 3 admettent que ces données ne sont pas fausses puisque sur l’affiche figure les sources, elles proviennent d’une base de données européenne des rapports d’effets indésirables de médicaments (base adreports.eu). On peut par contre parier qu’ils n’ont pas pris le temps d’étudier les chiffres en eux-mêmes. Si tel était le cas, ils auraient pu débattre de la validité de cette statistique.

Alors que nous proposent-ils comme analyse sur le fond ?

Ils admettent le chiffre mais se contentent de soulever le doute sur le lien de causalité entre vaccination et déclaration d’un problème, comme mentionné sur le site source. Comme si le simple fait de tirer un signal d’alarme d’effets probables sur des enfants n’était en soi pas suffisant ! Surtout quand on connaît toute la difficulté de faire remonter un effet indésirable suite à vaccination. Cela est même reconnu explicitement dans le rapport de l’OPECST (Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques) du 9 juin dernier, présenté au Sénat et très critique sur l’état de la Pharmacovigilance française.

Notons qu’il faut apparemment aujourd’hui prouver le lien de causalité avant de prendre la moindre mesure de précaution. Sachant que ce genre de « preuves » sont toujours contestables et sujettes à débat, voilà une approche qui ouvre grand la porte au point de vue des firmes pharmaceutiques. Heureusement, il est établi que ces organismes sont profondément philanthropiques, pas d’inquiétude !

Opération salissage

Poursuivons.

La seconde partie de l’affiche est signée de ses auteurs : le « Comité Scientifique Indépendant ».

Un comité « a priori scientifique », selon l’article, qui cherche à se faire connaître via les réseaux sociaux ou les médias alternatifs du type « France soir » souvent le repère (je cite) des « covid-sceptiques ».

De ce comité (Conseil Scientifique est la terminologie exacte) pas un mot bien sûr ! Qui le compose ? Qui intervient ? Les thèmes abordés ? Rien de tout cela, bref, le minimum syndical du journalisme d’investigation.

Et pourtant de très grandes figures s’y sont exprimées, tels que Jean-Marc Sabatier (expert au CNRS), Pierre Chaillot (expert en statistiques), Laurent Mucchielli (sociologue, directeur de recherches au CNRS), Ariane Bilheran (psychologue clinicienne), Marie-Estelle Dupont (psychologue spécialiste de la petite enfance), René Chiche (philosophe)… La liste est longue et les invités sont tous issus de milieux scientifiques où ils sont reconnus, étrange donc de fustiger une organisation dont ils ne semblent rien connaître.

Il est vrai qu’on ne s’est pas employé à lui donner l’assise qu’il mérite, quand on constate que deux de ses membres (Emmanuelle Darles et Vincent Pavan) n’ont pas été autorisés à exposer publiquement devant l’OPECST leur analyse très fouillée sur les effets indésirables consécutifs à la vaccination.

Et le lynchage médiatique ne s’arrête pas là. RéinfoCovid, le collectif à l’origine de ces affiches, est qualifié de « collectif antivax ». L’argument est facile, il suffit de déclarer quelque chose ou quelqu’un d’antivax pour qu’il sorte immédiatement du champ médiatique, mais d’arguments étayés toujours rien !

Puis l’article se focalise sur deux de ses représentants. Le premier, « Louis Fouché » créateur « présumé » de cette organisation. Puis vient le tour du docteur Olivier Soulier qui aurait, je cite « organisé des réunions plus ou moins ésotériques dans sa résidence secondaire ».

Essayons de comprendre qui sont ces gens pour le moins peu fréquentables comme l’insinue France 3 ?

L’organisation RéinfoCovid a effectivement vu le jour à l’initiative du médecin réanimateur Louis Fouché. Mais que propose ce collectif ? Voyons comment ils se définissent : « Nous sommes un collectif de soignants, médecins et scientifiques universitaires, réunis autour d’une idée : le besoin d’une politique sanitaire juste et proportionnée pour la France. »

Ce collectif avait pour objectif en première intention d’établir un débat contradictoire face au discours unique délivré par les hautes instances de santé ; d’explorer, comme il est du devoir de tout médecin, des voies alternatives pour soigner le Covid.

Puis très vite, le collectif a mis en place un Conseil Scientifique Indépendant (CSI), en miroir au Conseil Scientifique créé par le gouvernement, perclus, lui, de conflits d’intérêts. Ce CSI a invité de nombreux scientifiques proposant des analyses différentes afin d’apporter un autre regard sur la crise sanitaire et ne pas nous laisser enfermer dans un discours à sens unique.

Plus tard, deux nouvelles entités verront le jour. L’association RéinfoLiberté a été créée pour donner à RéinfoCovid les moyens matériels, structurels, financiers et juridiques dont il peut avoir besoin; elle a permis entre autre de financer des actions de défense pour des personnes ayant subit des attaques durant la crise sanitaire, ou bien d’assurer des auditions devant le Sénat. Puis, depuis quelques mois, RéinfoSanté, petit dernier, avec pour objectif selon leurs auteurs « d’informer publiquement, de manière complémentaire, globale et qualitative vis-à-vis de la Santé. »

Mensonges et procès d’intention 

Pour porter la touche finale, quelques mensonges et contre-vérités émaillent le texte.

Ainsi, cette affiche servirait « à faire connaître une plateforme de streaming dénommée crowdbunker ». C’est une affirmation assez fantaisiste, qui mériterait d’être prouvée. Si le CSI utilise bien cette plateforme parmi ses moyens de diffusion, il semble assez improbable que son intention première ou celle de cette affiche soit de la faire connaître. Dans le même rapport à la vérité, on pourrait affirmer que l’objectif du journal télévisé de 20 heures est de promouvoir les ventes de telles ou telles marques de télévisions. Mais cette petite phrase rapide peut avoir pour effet d’instiller l’idée d’une intention mercantile de ces gredins du CSI. Et ça peut toujours servir.

L’article affirme aussi que RéinfoCovid « n’hésitait pas à comparer les mesures de confinement avec les internements dans des camps »… « On a pu aussi y voir ou entendre que les masques sont toxiques et la vaccination permet d’injecter des puces 5G pour tracer la population. »

Affirmations non sourcées, et pour cause ! Le retour aux sources détruirait ces phrases. Au contraire, le site de RéinfoCovid a publié des articles tentant de faire la part des critiques raisonnables dans l’univers des opposants à la vaccination Covid, et a notamment modéré beaucoup des doutes sur la 5G, le graphène, et les théories du complot. De plus, difficile sans une source précise de répondre à cette affaire d’internement dans des camps (qu’on suppose « de concentration »), mais observez et vous pourrez constater qu’il suffit de mentionner la seconde guerre mondiale dans un texte pour que toute nuance soit abolie et que sortent les chiens de garde de la pensée juste. Nous les remercions de nous préserver ainsi de ces pentes glissantes de la réflexion qui pourraient sur un malentendu nous transformer en dangereux SS.

Notons aussi que parmi toutes les activités de RéinfoCovid, aucune mention de la centaine d’articles proposée sur le site, des activités de collecte de témoignages et mise en lien, ou de la philosophie générale.

Alors en effet jeter l’opprobre sur quelqu’un ou quelque chose est facile et ne demande pas spécialement de longues heures d’investigation, c’est une des techniques classiques de désinformation !

Tout comme celle consistant à insinuer, susurrer, suggérer, dénigrer plutôt que d’attaquer frontalement.

Aussi notre équipe a à cœur de ne pas laisser s’éclairer la scène par un seul projecteur. Comme dans tout débat, il doit y avoir des discussions et l’information ne doit pas rester à sens unique.

Equinoxe, avec la collaboration d’Antigone et Azibane

Une réflexion sur « Affichage du CSI à Toulouse dénigré : mais où est le fond ? »

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