RUSSIE-UKRAINE

Et si on essayait de comprendre !

Depuis quelques semaines l’Ukraine s’est invitée sur les plateaux télé éclipsant tous les sujets et bien évidemment la crise Covid.

Ce qui est absolument déconcertant c’est que tout le monde a son mot à dire sur ce conflit et que, d’un seul coup d’un seul, des millions de personnes se voient polarisées sur ce thème alors que quelques semaines plus tôt ils n’avaient absolument aucune idée de ce qui se passait en Ukraine, pire, ils s’en moquaient. 

Ces mêmes personnes qui avaient accepté le narratif sur le Covid tombent à nouveau dans les pièges médiatiques incubateurs de peur. 

Et toujours les mêmes mécanismes, toujours cette façon très manichéenne de traiter l’information, le bon et le méchant, le blanc et le noir comme si notre vie se résumait à deux opposés, comme si les nuances n’existaient plus.

Quand on se place en observateur du traitement de l’information, quand on prend la position du spectateur devant son poste de télévision, on découvre des informations passées en boucle avec une répétition d’images et de discours qui ressemblent étrangement au narratif Covid subi durant deux ans.

En observant l’absence de pluralisme dans les approches et opinions sur cette crise et la prédominance de l’émotionnel et de la peur sur l’observation et la réflexion, on est à peine dépaysé par rapport à la période Covid. 

Mais comment peut-on juger un événement aussi majeur sans essayer de regarder un tant soit peu ce qui s’est passé avant, comment peut-on s’imaginer qu’on puisse lire le présent si l’on n’a pas pris la peine de se pencher sur le passé ?

Alors ne vous laissez pas abuser par ce que vous voyez et faites vous votre propre opinion. Lisez, regardez, abreuvez-vous à de multiples sources d’information et, tout comme nous, cherchez à comprendre, ne vous laissez pas bercer par la facilité d’écouter un discours unilatéral.

Dans ce dossier que nous allons vous proposer sur l’Ukraine, nous n’avons pas la prétention de donner un avis tranché, nous souhaitons simplement vous livrer des éléments factuels qui vont vous permettre de faire une lecture un peu différente de ce que l’on nous impose.

Les éléments historiques qui suivent ont été en grande partie tirés d’un reportage du « Monde » réalisé en décembre 2019 « Que veut la Russie de Poutine ?  » ( Mappemonde épisode 3).

Mais venons-en aux faits : l’histoire de l’Ukraine et de la Russie dans tout ça…

L’Ukraine est très importante pour les russes, c’est le berceau de la civilisation de la « Rus de kiev » un peu l’équivalent des gaulois pour les français.

Pour beaucoup de russes, la Russie et l’Ukraine c’est un peu la même chose.

Depuis 200 ans les territoires russes et ukrainiens n’ont presque jamais été séparés sauf aujourd’hui.

Il faut savoir qu’en Ukraine, il y a une région  stratégique pour les russes, il s’agit de la Crimée qui se situe en bordure de la Mer Noire, et qui comporte notamment le port de Sébastopol, position stratégique d’un point de vue militaire.

La Crimée a toujours été russe mais en 1954, Nikita Kroutchev décide d’offrir cette région à l’Ukraine, présentée comme un cadeau pour célébrer les 300 ans du traité de PEREÏASLAV (1654) qui unit pour la première fois l’Ukraine à la Russie.

Dans les faits cela ne change rien, l’Ukraine est une des républiques de l’Union Soviétique, et le port de Sébastopol reste administré par les Russes.

Le problème, c’est qu’en 1991  l’URSS s’effondre, la Crimée appartient alors à l’Ukraine.

Mais la Crimée se sent plus russe qu’ukrainienne, en mai 2013 seulement 15 % des habitants se considéraient comme ukrainiens.

Il faut bien comprendre qu’il existe deux raisons pour la Russie de vouloir conserver l’Ukraine dans son giron.

La première et pas des moindres est  l’accès à la mer chaude.

En effet, les hivers en Russie sont très rudes, la mer est généralement gelée pendant l’hiver et les bateaux restent souvent bloqués malgré les brise-glaces.

Le seul accès pour la Russie aux mers chaudes est la Mer Noire qui communique avec la Mer Méditerranée qui communique elle-même avec les océans et dont le seul accès reste le port de Sébastopol en Ukraine.

Mais ce n’est pas tout, la seconde raison est qu’historiquement les conflits sont souvent arrivés par l’ouest, et l’Ukraine sur ce flanc reste une garantie de protection face à l’occident.

Moscou, via l’Ukraine, s’est employé à édifier une zone tampon.

Or depuis quelques années les choses ont changé, de pays tout puissant la Russie se désagrège.

Dès 1980, sous la présidence de Mikhaïl Gorbatchev, la Russie envisage une alliance avec les grands acteurs de l’Ouest (USA, Europe), mais à la condition de conserver son influence en Europe de l’Est. 

Le 9 novembre 1989 avec la chute du mur de Berlin et la réunification des deux Allemagnes l’occident se rapproche peu à peu des frontières russes.

En 1990, la Russie crée la Communauté des Etats Indépendants  dans le but de conserver des liens avec les anciennes républiques de l’URSS.

Les Etats-Unis font alors une promesse à la Russie, en échange de la réunification des deux Allemagnes, ils s’engagent à ne pas développer l’OTAN sur les anciennes provinces de l’ex-Union Soviétique.

Mais 9 ans plus tard, l’OTAN rompt sa promesse en invitant la Pologne, la République Tchèque et la Hongrie à la rejoindre. Même si ces pays n’ont pas de frontières communes avec la Russie, cela commence à ressembler à une sérieuse entorse aux promesses faites à la Russie.

Bien que Vladimir Poutine en 2001 soit le premier chef d’état à afficher son soutien à George Bush, ce dernier annonce en 2004 que la Bulgarie, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie vont être intégrés à l’OTAN.

Pour la Russie, cette fois ci c’est une véritable trahison et la preuve des véritables intentions américaines de l’encercler et de la marginaliser.

La Russie va donc rebasculer dans son opposition avec l’Occident.

Dans les années 2000 des révoltes pro-occidentales surgissent en Géorgie et en Ukraine (révolution orange 2004)

Et la Russie intervient.

En 2013 en Ukraine explose un mouvement de protestation pro-européen qui aboutira à la révolte de Maidan.

En quelques semaines, le président en place pro-russe Viktor Yanukovych démissionne et l’Ukraine se rapproche dangereusement de l’Occident aux yeux de la Russie.

L’OTAN va même jusqu’à développer des boucliers anti-missiles dans les zones de l’est alors qu’elle avait affirmé ne pas armer ces territoires.

Depuis, le regard de la Russie se tourne de plus en plus vers l’est et plus précisément vers la Chine.

Les liens entre ces deux pays ne cesse de se renforcer depuis que les partenaires occidentaux de la Russie multiplient les sanctions à son égard.

Pourtant, les occidentaux souffrent d’une  forte dépendance à la Russie en matière énergétique et plus particulièrement à l’égard du gaz russe, ce qui ne va pas sans poser de nombreux problèmes, et notamment l’hyper inflation que nous subissons depuis plusieurs semaines.

Alors si durant longtemps l’Occident et la Russie étaient interdépendants sur ce sujet, depuis quelques années la Russie s’émancipe de plus en plus de cette dépendance en se tournant vers l’est. Parmi les preuves de ce rapprochement : un contrat pour la construction d’un gazoduc de plus de 3000 kms entre la Chine et la Russie a été signé le 2 mars dernier.

Le rapprochement des deux pays s’explique également par le fait que la volonté de domination hégémonique des Etats-Unis se faisant de plus en plus pressante vers l’est, ce rapprochement permettrait d’envisager un combat commun contre cette poussée.

Depuis quelques années un autre projet émerge : celui des routes de la soie qui consiste à relier la Chine à l’Europe par des routes commerciales.

C’est la garantie pour la Chine que ces routes qui passeront par la Russie en direction de l’Europe de l’Ouest seront protégées par son allié Russe.

Ce projet pourrait, s’il se réalisait, contribuer fortement à renverser l’hégémonie américaine. 

Voici un bref aperçu de l’histoire récente qui a conduit à la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, une bonne façon de contourner « l’immédiateté » dans laquelle nos médias aimeraient tant nous enfermer.

Les bons et les méchants c’est très simpliste, c’est bon pour Walt Disney mais en tant qu’adultes ne devrions-nous pas nous interroger davantage ?

Les sources de cet article

  1. Mappemonde, épisode 3, Que veut la Russie de Poutine ? https://www.youtube.com/watch?v=rgNXGEtwM60
  2. « Moscou et Pékin signent un accord pour la construction d’un gazoduc« , Europe 1, 2 mars 2022

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